lundi 9 mars 2026

Le Canada sur le point d’atteindre 100 000 décès par « aide médicale à mourir »

En moins de dix ans, le Canada s’approche du seuil symbolique des 100 000 décès cumulés par aide médicale à mourir (AMM, euthanasie). Selon les données officielles et les projections du National Post (24 février 2026), 16 499 Canadiens sont morts par AMM en 2024 seul, soit près de 45 décès par jour, représentant 5,1 % de tous les décès. Cette croissance fulgurante dépasse de loin celle des autres pays ayant légalisé l’euthanasie et soulève des questions éthiques et sociétales majeures sur la protection de la vie humaine et la transparence des données.

Synthèse des faits clés
  • Trajectoire rapide : Depuis la légalisation en 2016 (loi C-14), le Canada enregistre 76 475 décès cumulés par AMM au 31 décembre 2024. Le 100 000e décès est projeté pour juin 2026.
  • Croissance annuelle : +36,8 % en 2020 et +34,8 % en 2021.
  • Comparaison internationale : Les chiffres canadiens dépassent largement LA SOMME DE TOUS les autres pays ayant légalisé l’euthanasie : Nouvelle-Zélande (~1 000 décès depuis 2021), Colombie (692 décès entre 2015 et 2023), États-Unis (5 329 décès sur 23 ans), Suisse (8 738 décès sur 20 ans), Belgique (33 647 décès sur 21 ans).
  • Particularité légale : Le Canada autorise l’AMM selon des critères larges, avec une extension prévue pour de simples troubles mentaux à partir de 2027 (CAMH).
  • Impact sur la société : En 2024, la mort par assistance d'un docteur (AMM) a concerné 5,1 % de l’ensemble des décès au Canada, soit près de 45 Canadiens par jour. »

Voie 1 : Fait référence à une demande d'AMM faite par une personne répondant aux critères d'admissibilité énoncés dans le Code criminel et dont la mort naturelle est « raisonnablement prévisible »
Voie 2 : Fait référence à une demande d'AMM faite par une personne qui répond aux critères d'admissibilité énoncés dans le Code criminel et dont la mort naturelle n'est pas « raisonnablement prévisible » (ces demandes seraient soumises à plusieurs mesures de sauvegarde supplémentaires afin de consacrer suffisamment de temps et d'expertise à l'évaluation).

Une croissance rapide et continue


Le Canada a connu une expansion rapide du recours à l’AMM depuis sa légalisation :

Au 31 décembre 2024, le pays comptait 76 475 décès cumulés par AMM, dont 16 499 en 2024 seul, soit environ 45 décès par jour (Rapport Santé Canada, 2024).

Même si la croissance annuelle semble se stabiliser, le 100 000e décès est projeté pour début juin 2026, coïncidant avec le 10e anniversaire de la loi C-14.

En 2024, l’AMM représentait 5,1 % de tous les décès au Canada, la plaçant parmi les principales causes de mortalité dans le pays.

Cette trajectoire contraste fortement avec celle des autres nations où l’euthanasie est légale. Par exemple :

La Nouvelle-Zélande, qui a légalisé l’euthanasie récemment, a enregistré environ 1 000 décès assistés depuis 2021 (rapport annuel au ministre de la Santé, 2025).

La Colombie a comptabilisé 692 décès par euthanasie entre 2015 et 2023.

Aux États-Unis, dans les États ayant légalisé l’euthanasie depuis 1998, 5 329 décès cumulés sur 23 ans ont été recensés (PMC, 2022).

La Suisse, pionnière dans le domaine, a enregistré 8 738 décès par euthanasie sur 20 ans.

La Belgique, avec un cadre très permissif incluant les troubles mentaux seuls, a compté 33 647 décès sur 21 ans (PubMed, 2023).

Ces comparaisons mettent en évidence le dynamisme exceptionnel du programme canadien, tant en nombre absolu qu’en croissance annuelle (+36,8 % en 2020, +34,8 % en 2021).

Cadre légal et perspectives

La loi C-14 (2016) a légalement encadré l’aide médicale à mourir au Canada, mais sans limiter explicitement la pratique à certains stades de maladie ou d’âge. Des extensions sont prévues : par exemple, l’euthanasie demandée (AMM) pour troubles mentaux seuls sera autorisée à partir de 2027 selon le Centre for Addiction and Mental Health (CAMH).

Le système canadien n’est pas le plus permissif au monde — la Belgique autorise déjà l’AMM pour troubles mentaux seuls — mais la combinaison de la population, l’accessibilité et l’expansion progressive des critères fait que le Canada est sur le point d’atteindre un seuil jamais atteint par un pays moderne.


Une question de société

La croissance rapide de l’AMM soulève des questions éthiques et sociales majeures :

  • La prévalence élevée de l’AMM par rapport aux autres causes de décès met en lumière l’importance d’un débat public éclairé.
  • La projection de 100 000 décès cumulés en moins de dix ans montre que la pratique est devenue un élément central de la médecine et de la mortalité au Canada.
  • Les chiffres démontrent également que, même dans un cadre légal strict, les choix sociétaux peuvent rapidement transformer la manière dont la vie est protégée ou terminée.

Une société qui adopte l’AMM comme option de fin de vie doit réfléchir à la balance entre compassion pour les patients et protection de la vie humaine, tout en assurant une transparence maximale sur les données et projections.

Sources principales

National Post, Tristin Hopper, FIRST READING: Canada likely to mark 100,000th MAID death by summer, 24 février 2026.

Santé Canada, Rapport annuel AMM 2024

Étude américaine, PMC, 2022

Étude suisse, Wiley Online Library, 2023

Étude belge, PubMed, 2023.

Voir aussi 

Canada : sa fille autiste dit vouloir mourir, la justice donne son feu vert contre l'avis du père

L'euthanasie a représenté 4,1 % de tous les décès au Canada et 6,6 % au Québec (en 2022)

Statistique Canada a admis avoir exclu l’euthanasie comme catégorie dans les totaux de décès

Euthanasie — Québec, champion du monde

Euthanasie — une femme belge étouffée avec un coussin

Une étude sur le dispositif canadien d’euthanasie alerte sur ses impasses

Le Canada veut étendre l'euthanasie aux mineurs (2023)

Gouvernement propose à paralympienne de l'euthanasier lorsqu'elle se plaint du retard pour installer un monte-escalier chez elle

Hôpital pour enfants de Toronto : politique pour aide médicale à mourir destinée aux enfants sans autorisation préalable des parents

Ontario — l'euthanasie pour éviter la pauvreté et l'itinérance 

Pulsion de mort — Konbini promeut une vidéo d'une jeune femme de 23 ans qui s'est fait stériliser  

Québec — Nombre de naissances continue de baisser et les décès sont repartis à la hausse 

Ottawa serre la vis à des milliers de demandeurs d'asile

Ottawa a présenté un  projet de loi omnibus C-12 intitulé Loi visant à renforcer le système d’immigration et la frontière du Canada.

Il s’agit d’une évolution et d’une version remaniée du projet de loi C-2 déposé initialement en juin 2025.

Il a été adopté par la Chambre des communes en décembre 2025 ; il franchit sa dernière étape au Sénat en ce 9 mars 2026, ce qui rend l’entrée en vigueur imminente.

Des réfugiées à leur arrivée à l'aéroport international d'Halifax, en Nouvelle-Écosse, le 19 octobre 2022.

S'il rentre en vigueur, une demande d’asile sera jugée irrecevable si elle est déposée plus d’un an après l’arrivée au Canada (délai calculé à partir de la première entrée).

La règle s’appliquera rétroactivement jusqu’en juin 2025. Cela touche les personnes déjà présentes au pays qui n’ont pas déposé leur demande dans l’année suivant leur arrivée (y compris étudiants étrangers, travailleurs temporaires et autres résidents temporaires qui se sont dit demandeurs d’asile plus tard).

Les personnes concernées ne passent plus devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) pour une audience complète. Elles doivent plutôt soumettre un dossier papier pour un Examen des risques avant renvoi (ERAR), traité par un fonctionnaire d’IRCC. 

Le délai de soumission des documents est fixé à un mois. Il n'y a pas d’appel possible devant la CISR ; seul un recours limité à la Cour fédérale.

Des dizaines de milliers de demandeurs d’asile déjà au pays sont affectés, y compris au Québec. Selon la ministre de l’Immigration Lena Diab (citée dans le Journal de Montréal), près de 20 000 dossiers devraient changer de pile (passer de la procédure normale à l’ERAR) pour la seule période entre juin et fin octobre 2025.

Notons la différence de taux d'approbation des demandes d’asile:

  • devant les commissaires de la CISR en 2025 : environ 78 % (selon le Centre des réfugiés);
  • par les fonctionnaires via l’ERAR : 46 % (selon IRCC). 

Cette mesure vise à protéger le système d’asile contre les hausses soudaines de demandes et à renforcer l’intégrité globale du système d’immigration, en ligne avec les objectifs énoncés dans les communiqués fédéraux de 2025 sur le C-12 (qui intègre et affine les éléments du C-2 initial).

dimanche 8 mars 2026

Suisse — non à la religion chrétienne dans les écoles pour les socialistes, mais oui désormais au voile islamique

Une chronique du journal suisse Le Temps. 

À l'école, dans les lycées ou gymnases comme dans les jardins d'enfants, les enseignantes musulmanes doivent pouvoir porter le voile et afficher ainsi leurs convictions religieuses. C'est ce que demande une résolution adoptée samedi dernier par le congrès du Parti socialiste suisse. Seules quelques voix, comme celle du conseiller national Benoît Gaillard, s'y sont opposées au nom du principe de la laïcité scolaire. Le PS met ainsi fin à ce qui était, avec l'égalité et la justice sociale, l'un des piliers du socialisme démocratique.

La résolution émanait de la commission thématique « Migrations et intégration ». La présidence du parti en avait recommandé l'adoption. Selon ce texte, l'interdiction du voile pour les enseignantes « vide de sa substance le principe d'égalité... ». Ce serait ainsi « l'expression du racisme anti-musulman ». Parce que dans quelques cantons catholiques les crucifix continuent d'être suspendus dans les classes, malgré l'arrêt du Tribunal fédéral de 1990, et que certaines fêtes religieuses, comme Noël, y sont marquées, la commission, rejointe par la présidence du parti, estimait que l'égalité et la neutralité religieuses n'étaient plus respectées. Ce qui justifierait de renoncer à défendre la laïcité.

Dans un arrêt de 2001 de la Cour européenne (CourEDH), confirmant une décision du Tribunal fédéral sur le recours d'une enseignante genevoise, les juges estimaient « qu'il est difficile de nier tout effet prosélytique et de concilier le port du voile islamique avec le message de tolérance, de respect d'autrui et surtout d'égalité que tout enseignant représentant de l'Etat doit transmettre à ses élèves ». Le TF avait déjà estimé toutefois qu'interdire le port du voile par les élèves serait disproportionné et contraire à la liberté confessionnelle.

La gauche a été longtemps à la tête du combat pour l'école gratuite et laïque, à Genève, Neuchâtel, mais aussi en Valais ou dans le Jura. Il s'agissait alors de s'opposer à la présence des Églises chrétiennes dans les écoles. En 2010, les socialistes haut-valaisans avaient pris parti pour un enseignant licencié pour avoir retiré un crucifix de sa classe au nom de la liberté de conscience. Enfin, en 2022, le PS avait publié sa position sur l'islam, soutenant que « le port du voile ou du foulard musulman - à l'image de tout autre signe religieux distinctif - doit être interdit dans l'accomplissement de tâches publiques. Cela vaut notamment pour les enseignant-e-s. »

Alors, pourquoi ce reniement aujourd'hui? Tout d'abord l'influence de l'extrême gauche européenne, en particulier française, dont la mouvance « décoloniale » ou tiers-mondiste voit les musulmans comme des opprimés. Les classes défavorisées, jadis réservoir de l'électorat socialiste, votent désormais UDC (la droite nationaliste). Avec les immigrés et les musulmans, la gauche trouve enfin ses « damnés de la terre ». On y ajoutera cette détestation de soi et de l'Occident qui caractérise la gauche intellectuelle. Ensuite, le PS a toujours été divisé sur la question du voile, on l'a vu en 2021 avec la votation sur l'interdiction du voile intégral, le niqab. Un clash entre les féministes et celles qui considéraient la mesure comme discriminante. Il y a enfin la faiblesse de la présidence socialiste, qui, faute de travailler sur un concept qui lui soit propre, n'agit plus qu'en réaction aux projets d'interdiction totale lancés par la droite la plus radicale et anti-islam. Ainsi, la laïcité n'est-elle plus de gauche.

Mineurs rétribués au Royaume-Uni pour prendre des bloqueurs de puberté

En avril débutera au Royaume-Uni la première étude randomisée sur le rapport bénéfice/risque des bloqueurs de puberté (cf. Le Royaume-Uni lance la première étude randomisée sur les effets des bloqueurs de puberté sur le cerveau). Cette étude a été demandée après la publication du rapport Cass, le 10 avril 2024, qui faisait état de « preuves insuffisantes » quant à l’efficacité de ces traitements – aboutissant à leur interdiction (cf. Bloqueurs de puberté : des données « insuffisantes » ; Changement de genre chez les mineurs : le gouvernement britannique interdit les bloqueurs de puberté). Commandée par le secrétaire à la Santé Wes Streeting, l’essai portera sur 226 enfants et adolescents de moins de 16 ans qui se considèrent comme transgenres

Les jeunes cobayes rétribués en chèques cadeaux


En échange de leur participation, les adolescents devraient recevoir des bons d’achat émis par l’entreprise Love2shop d’une valeur de 500 livres (573 euros) qu’ils pourront dépenser chez Asos, Nike, The Perfume shop ou encore Pizza Hut. En effet, au cours des deux années que devrait durer l’étude, certains participants seront soumis à 15 tests sur l’évolution de leurs capacités cognitives, rétribués par un bon d’achat d’une valeur de 30 livres chacun, et des IRM rétribués par des bons de 15 livres. D’autres se verront accorder un chèque cadeau de 15 livres pour chaque examen de densité osseuse et examen sanguin (cf. « Soin d’affirmation de genre » : une formulation dangereuse).

Une expérimentation pourtant dangereuse

La députée Claire Coutinho, secrétaire d’Etat pour l’Egalité du cabinet fantôme[1], dénonce le fait que « cette étude inflige à des enfants en bonne santé un protocole de soins qui risque de les rendre définitivement infertiles. Il n’y a pas d’âge minimum pour y participer et il nous a été confirmé que des enfants atteints d’autisme ou de troubles cognitifs faisaient également partie de l’essai » (cf. Autisme et genre : associations et praticiens alertent ; Genre : la « transition médicale » associée à une augmentation des suicides de mineurs).

Il a été démontré que les bloqueurs de puberté, sans avoir prouvé leur efficacité dans l’amélioration de la santé mentale, avaient pour effet de renforcer la perception d’un enfant qui déclare être transgenre (cf. Changement de genre chez les mineurs : l’impact des traitements hormonaux sur la dépression et le suicide reste inconnu). Ces traitements ont par ailleurs des effets néfastes pour le développement de son cerveau et la fertilité future.

Une intrusion dans l’intimité des mineurs

Les jeunes cobayes seront soumis à une évaluation régulière du fonctionnement de leur cerveau, cœur et système circulatoire. Les jeunes filles sont prévenues du fait qu’une grossesse les excluraient du protocole. Elles seront soumises à des tests réguliers et sont encouragées à utiliser des contraceptifs non-hormonaux. Les enfants et adolescents âgés de plus de 12 ans devront répondre à un questionnaire à propos de leur orientation sexuelle et de leurs éventuelles relations amoureuses et sexuelles.

L’annonce de l’étude randomisée a suscité une vive opposition de la part de personnalités transpartisanes et de centaines de médecins, à laquelle s’ajoutent une action en justice et une pétition signée par plus de 142.000 personnes.

Complément du 23/02/2026 : L’essai clinique a été suspendu après que l’autorité britannique de surveillance des médicaments a soulevé des « questions de sécurité ». L’Agence de réglementation des médicaments et des produits de santé (MHRA) devrait s’entretenir la semaine prochaine avec le King’s College de Londres, dont les chercheurs mènent l’essai, afin de répondre à ces préoccupations, a déclaré le gouvernement.

[1] Sorte de « gouvernement bis » qui réunit les députés les plus influents du principal parti de l’opposition parlementaire

Sources de la synthèse de presse : The Telegraph, Michael Searles (12/02/26) ; BBC, Amy Walker et Alison Holt (21/02/2026)

Avortements tardifs au Canada : plus de 1 000 enfants à naître concernés chaque année

Un récent commentaire scientifique du Canadian Medical Association Journal révèle une réalité méconnue : les statistiques canadiennes de décès fœtaux incluent certaines interruptions de grossesse pratiquées après 20 semaines de gestation. Cette particularité rend le phénomène difficile à mesurer et alimente l’idée qu’il serait marginal, alors qu’environ 1 300 à 1 400 avortements tardifs pourraient avoir lieu chaque année au pays. L’analyse met en lumière l’importance de protéger la vie prénatale tout en offrant soutien et alternatives aux familles confrontées à des diagnostics prénataux graves.




Un phénomène numériquement faible mais significatif

Les chiffres disponibles permettent de mieux situer ce phénomène :
  • 101 553 avortements ont été déclarés au Canada en 2023.
  • 95 % des avortements surviennent avant 12 semaines de grossesse.
Dans les données hospitalières détaillées, 652 avortements ont été pratiqués après 21 semaines de grossesse en 2020, soit 4,4 % des cas pour lesquels l’âge gestationnel était connu.

En tenant compte des estimations nationales et des cas non détaillés, environ 1 300 à 1 400 avortements après 20 semaines pourraient se produire chaque année au Canada.

Même s’ils restent minoritaires, ces chiffres représentent plus d’un millier d’enfants dont la vie est interrompue chaque année à un stade avancé de la gestation, ce qui soulève des questions éthiques et légales considérables.

Une particularité canadienne : des chiffres difficiles à interpréter

La situation statistique canadienne est particulière. Les avortements tardifs apparaissent dans les statistiques de mortinaissance, terme administratif désignant tout décès fœtal après 20 semaines ou 500 grammes. Cette méthode de comptabilisation inclut à la fois les décès spontanés et certaines interruptions volontaires ou médicales de grossesse, ce qui rend la lecture des chiffres peu claire pour le grand public.

Pour obtenir une image précise, il faut souvent croiser plusieurs sources : rapports hospitaliers, bases provinciales de surveillance périnatale et registres de décès fœtaux. Cette dispersion favorise une perception erronée du phénomène, laissant penser aux citoyens que les avortements tardifs sont quasi inexistants alors qu’ils sont bel et bien pratiqués.

Selon les auteurs de l’article, dirigés par le Dr K. S. Joseph, cette règle contribue à expliquer une anomalie apparente dans les comparaisons internationales : le Canada affiche un taux de décès fœtaux tardifs plus élevé que plusieurs autres pays à revenu élevé comparables.

Cette différence ne signifie pas nécessairement que les grossesses canadiennes présentent davantage de complications. Elle s’explique en grande partie par la manière dont les cas sont comptabilisés.

Dans plusieurs pays — notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni ou dans certains pays européens — les interruptions tardives de grossesse sont souvent distinguées statistiquement des décès fœtaux spontanés lorsque les autorités sanitaires publient des comparaisons internationales.

L’Organisation mondiale de la santé recommande d’ailleurs, dans certains contextes statistiques, de séparer les interruptions volontaires de grossesse tardives des mortinaissances spontanées, afin d’éviter des comparaisons trompeuses entre systèmes de santé.

Autrement dit, une partie du taux canadien reflète des différences méthodologiques dans l’enregistrement des données, et non nécessairement une réalité médicale différente.

Comparaisons internationales et contexte légal

Le Canada se distingue des pays comparables à plusieurs égards :

  • Dans la majorité des pays occidentaux, la loi fixe une limite gestationnelle explicite pour l’avortement (souvent 12 à 24 semaines), avec des exceptions en cas de danger vital ou d’anomalies graves.
  • Depuis la décision R. c. Morgentaler (1988), le Canada ne possède pas de seuil légal fédéral. Les avortements très tardifs restent rares, mais aucune limite n’empêche leur réalisation dans des centres hospitaliers spécialisés.
Cette latitude légale et cette particularité statistique rendent la transparence des données encore plus cruciale. Sans informations claires, le débat public peut être faussé, et le phénomène présenté comme marginal, indépendamment de sa réalité.

Développement fœtal et enjeux éthiques

À partir de 20 semaines, le fœtus possède déjà :
  • des organes principaux fonctionnels ;
  • des mouvements perceptibles ;
  • une activité neurologique qui, selon certaines études, lui permet de ressentir la douleur ;
  • la capacité de survie dans des cas exceptionnels dès 22 ou 23 semaines avec soins intensifs.
Ces éléments biologiques montrent que mettre fin à une vie humaine à ce stade n’est pas anodin. Pour une société pro-vie (il n'est pas évident que ni le Canada ni le Québec en soient), ces données renforcent l’idée qu’il est essentiel de protéger la vie prénatale même dans les situations médicalement complexes.

Vers plus de transparence et de soutien

Le commentaire du CMAJ propose principalement une réforme statistique et administrative, afin de :
  • distinguer clairement les interruptions volontaires de grossesse tardives des décès fœtaux spontanés;
  • améliorer les comparaisons internationales de données ;
  • alléger la charge administrative inutile sur les familles.
Pour les défenseurs de la vie, ces réformes auraient également un effet indirect : elles permettraient de rendre visible la réalité des avortements tardifs, au lieu de la laisser obscure, ce qui permettrait un débat public éclairé.

Parallèlement, la société pourrait investir davantage dans le soutien aux familles confrontées à des diagnostics prénataux difficiles :
  • accompagnement psychologique ;
  • aide financière pour les soins palliatifs périnataux ;
  • adoption spécialisée et conseils sur les options viables pour l’enfant et la famille.
Des pays comme l’Irlande ou certains États américains ont montré qu’il est possible de combiner un accès sûr aux soins pour la mère avec des restrictions raisonnées sur les avortements tardifs, sauf en cas de danger vital.

Le commentaire publié dans le CMAJ n’est pas un plaidoyer contre l’avortement. Il cherche avant tout à clarifier et améliorer les données de santé publique. Mais, pour ceux qui défendent une approche pro-vie, il confirme une réalité incontestable : les avortements tardifs existent et concernent des enfants déjà très développés.

Une société réellement soucieuse de la dignité humaine doit agir sur deux fronts :
  • Transparence et rigueur statistique, pour que le débat public repose sur des faits compréhensibles et précis ;
  • Soutien concret aux familles, afin que des alternatives viables et humaines existent lorsque des décisions difficiles s’imposent.
La protection de la vie humaine, dès ses stades avancés, et le soutien à la maternité peuvent et doivent aller de pair, guidés par des faits scientifiques et des choix éthiques réfléchis.

jeudi 5 mars 2026

Responsable indien déclare que le Canada a besoin de 60 millions d'habitants en plus et l'Inde peut aider

Dinesh K. Patnaik, Haut-Commissaire indien au Canada, a eu  une entrevue exclusive sur l'émission Power & Politics de CBC, animée par David Cochrane le 13 janvier 2026. Un Haut-commissaire est l'ambassadeur d'un pays du Commonwealth auprès d'un autre pays du Commonwealth.

M. Patnaik suggère que le Canada (qu'il décrit comme ayant environ 40 millions d'habitants) devrait viser au moins 100 millions pour mieux exploiter ses ressources, et que l'Inde pourrait fournir le talent et la main-d'œuvre nécessaires. 

Vous êtes le deuxième plus grand pays au monde, avec une population de 40 millions d'habitants, 40 millions. Il vous faudrait au moins 100 millions d'habitants. Vous avez besoin de main-d'œuvre pour exploiter vos ressources.

Dinesh K. Patnaik, Haut-Commissaire indien au Canada

 Cette entrevue a eu lieu en lien avec la mission commerciale du premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, en Inde (qui se terminait autour de cette période), et dans l'optique d'améliorer les relations bilatérales après les tensions de 2023-2025. L'entretien discute du dégel diplomatique, des accords commerciaux potentiels (visant 50 milliards $ US), et des complémentarités économiques.

Entrevue au complet (l'extrait controversé commence vers 3 minutes 14 secondes) :

Le fanatisme du Tribunal des droits de la personne de la Colombie-Britannique doit être dénoncé

Amy Hamm (ci-contre) est une infirmière canadienne (registered nurse) de la Colombie-Britannique, connue pour son implication dans un dossier très médiatisé lié aux questions de genre, d'identité transgenre et de liberté d'expression.

Elle a été accusée par le British Columbia College of Nurses and Midwives (BCCNM) d'avoir tenu des propos discriminatoires et dérogatoires envers les personnes transgenres sur diverses plateformes en ligne (réseaux sociaux, podcasts, écrits publiés) entre environ juillet 2018 et mars 2021 notamment
  • L'affirmation que le sexe biologique est binaire et immuable,
  • La défense des espaces réservés aux femmes biologiques (toilettes, prisons, refuges pour victimes de violence, etc.), qui ne devraient pas être accessibles aux personnes nées hommes qui se disent femmes.
En mars 2025, un comité disciplinaire du BCCNM l'a déclarée coupable de faute professionnelle. En août 2025, la sanction a été prononcée : suspension de son permis d'infirmière pour 1 mois, et obligation de payer environ 94 000 $ en frais et débours du collège (dans un délai de 2 ans). Amy Hamm a été licenciée de son emploi (notamment chez Vancouver Coastal Health) sans indemnité de départ suite à cette décision. Elle nie être transphobe et affirme défendre les droits basés sur le sexe biologique des femmes et des filles.Elle a fait appel de la décision disciplinaire devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique (avec l'aide du Justice Centre for Constitutional Freedoms), et cet appel est en cours (la sanction est suspendue en attendant le résultat). Elle a aussi déposé des plaintes pour discrimination (fondées sur ses croyances politiques) auprès du BC Human Rights Tribunal contre son ancien employeur et le collège.
Il est clair, après que l'ancien administrateur scolaire de Chilliwack, Barry Neufeld, ait été condamné par le Tribunal des droits de la personne de la Colombie-Britannique (BCHRT) à verser 750 000 dollars aux enseignants LGBTQ du district, que je n'ai aucune chance de gagner mes propres plaintes pour discrimination fondée sur les convictions politiques devant le même tribunal.  

Les deux plaintes que j'ai déposées auprès du BCHRT en 2025 n'ont toujours pas été examinées ni acceptées. Avec l'avocate Lisa Bildy et le Justice Centre for Constitutional Freedoms, nous espérons obtenir une décision qui découragerait la discrimination fondée sur des convictions politiques critiques à l'égard du genre. (Comme Neufeld, j'ai été condamné à payer des frais exorbitants pour avoir énoncé des faits biologiques.)  

Je mènerai mon combat (contre le B.C. College of Nurses and Midwives et la Vancouver Coastal Health Authority) dans cet antre de fanatiques woke, quoi qu'il en coûte. Ils ont besoin de toute la visibilité possible. 

Ce mois-ci, le BCHRT a décrété que Neufeld avait violé les articles 7 et 13 du Code des droits de la personne de la Colombie-Britannique avec ses commentaires critiques sur l'idéologie du genre et le SOGI123 (ressources scolaires sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre destinées aux enseignants de la Colombie-Britannique).  

À l'origine de la prétendue hérésie de Neufeld se trouve son insistance sur le fait que le sexe biologique est réel et immuable. Le BCHRT a proclamé que quiconque ose le dire à haute voix, comme Neufeld et moi-même l'avons fait, tient des propos discriminatoires et haineux qui peuvent « effacer » l'existence des personnes identifiées comme transgenres. (Peu importe l'affirmation contradictoire du BCHRT, écrite dans sa dernière décision, selon laquelle Neufeld était simultanément coupable d'effacer l'existence des transgenres et d'utiliser « l'existence même » des personnes transgenres comme une menace pour les enfants, les familles et l'ordre social. Comment les deux peuvent-ils être vrais ?) 

Il semble que le BCHRT n'ait pas pu résister à la tentation d'insérer des piques mesquines à l'encontre de Neufeld dans sa décision chaque fois que cela était possible. Certaines parties de la décision se lisent comme une confession de la vendetta personnelle du tribunal à son encontre. Tout d'abord, ils ont attribué des pronoms — et donc une « identité de genre » — aux témoins de Neufeld, qui étaient là pour contester le non-sens métaphysique et invérifiable qui constitue l'« identité de genre » en soi. Lorsque le tribunal a rédigé la liste des témoins appelés à comparaître, il a ajouté « il/lui » ou « elle/elle » entre parenthèses après chaque nom — une démarche totalement inutile qui témoigne de sa fidélité à la doctrine du genre.

La défaite de Neufeld était courue d'avance. 

Les membres du BCHRT notent, au début de la décision, que Neufeld s'est déjà excusé publiquement d'avoir offensé des personnes avec ses opinions et qu'il a déclaré vouloir tenir un débat public respectueux. « Malheureusement, l'engagement de M. Neufeld en faveur d'une discussion respectueuse et d'une dissidence constructive n'a pas duré », ont-ils écrit avec sarcasme.  

Plus loin, le tribunal suggère que M. Neufeld pourrait se considérer comme un martyr. Il a fait valoir que même s'il « a peut-être été inefficace et politiquement isolé en tant qu'administrateur », il restait responsable du travail et de l'environnement d'apprentissage de son district.   

Ils ont également jugé pertinent de mentionner que Neufeld avait « sans succès » poursuivi en justice l'un des témoins du plaignant, Glen Hansman, pour diffamation. Aucune analyse juridique n'est fournie concernant cette affaire, et le BCHRT ne s'est pas appuyé sur l'affaire de diffamation pour rendre cette dernière décision. Elle a sans aucun doute été invoquée uniquement à titre d'insulte. 

La décision indique également que Neufeld « invoquait fréquemment son statut et ses qualifications autoproclamées ». Mais s'agissait-il vraiment de références ? Si Neufeld avait « falsifié » ses références professionnelles, nous n'en aurions certainement jamais entendu parler. Les membres du tribunal se sont donné beaucoup de mal pour dénigrer Neufeld, point final. (Pour mémoire, Neufeld est titulaire d'un diplôme en psychologie de l'adolescence et a passé de nombreuses années dans le système pénitentiaire, à la fois comme agent de probation et comme agent de facilitation de la justice réparatrice).

Il existe d'autres exemples, notamment la description d'une interview médiatique dans laquelle le BCHRT qualifie la prestation de Neufeld de « verbeuse et décousue ». (Pourquoi en arriver là ?) Son souci pour les enfants n'est pas réel, ont-ils écrit, mais « prétendu ».  

Les membres s'étendent sur le fait que, selon eux, Neufeld est imperméable à la logique : « Les opinions de M. Neufeld semblent fondées sur des hypothèses et des croyances profondément ancrées plutôt que sur un manque d'accès à l'information. » (Je recommande à tous les membres du BCHRT de suivre, et d'échouer — comme ils le feraient sans aucun doute — un cours de biologie de base ou de méthode scientifique — et ce n'est qu'alors qu'ils pourront critiquer ceux qui sont incapables de penser de manière critique.)  

Il est manifestement absurde que ce mépris passif-agressif à l'égard de Neufeld se soit retrouvé dans la décision du tribunal. Le BCHRT voit de la haine et du mépris partout autour de lui, même là où il n'y en a pas, mais il ne voit pas que cela jaillit de sa propre chambre étoilée [tribunal royal anglais qui pouvait condamner des actes qui ne tombaient pas sous le coup de la loi]. Il est grisé par ce qu'il croit être son pouvoir légitime d'imposer son propre dogme woke.  

Nous ne pouvons attendre aucune décision raisonnable ou juste de la part du BCHRT. Nous devons faire deux choses : les dénoncer, puis abolir complètement ce tribunal grotesque. 

Rappelons que ces « Tribunaux » des droits de la personne sont des organismes quasi-judiciaires fortement critiqués pour leur fonctionnement.

Qu’est-ce qu’un organisme quasi judiciaire ?

Ce n’est pas une cour de justice au sens strict, mais il agit comme une cour sur certains plans :

Il peut :

  • entendre des plaintes,
  • tenir des audiences,
  • recevoir des preuves,
  • rendre des décisions obligatoires,
  • imposer des réparations (dommages, ordonnances, sanctions administratives).

Mais il n’a pas :

  • le statut constitutionnel des tribunaux,
  • les mêmes garanties procédurales,
  • les mêmes règles de preuve,
  • les mêmes standards de responsabilité,
  • ni les mêmes protections pour les défendeurs.

Il s’agit donc d’un organisme administratif doté de pouvoirs judiciaires partiels. D’où le terme : quasi — « comme si », mais pas tout à fait.

Les critiques comme celles de Mark Steyn s’appuient sur des caractéristiques structurelles objectivement problématiques :

A) Norme de preuve beaucoup plus basse

Elles appliquent la norme civile prépondérance des probabilités et non la norme pénale. Cela rend plus facile la condamnation d’un défendeur.

B) Règles de preuve « souples »

Les commissions peuvent :

  • accepter des preuves indirectes,
  • restreindre le contre-interrogatoire,
  • voire contourner des règles qui seraient inadmissibles en cour.

C) Déséquilibre procédural

Très souvent :

  • le plaignant n’assume aucun risque financier,
  • alors que le défendeur paie sa défense,
  • même si la plainte est rejetée à la fin.

Certains parlent d’un « procès sans coût pour un côté, mais ruineux pour l’autre ». Mark Steyn dit que le procès (le processus) est la punition, la perte de temps et d’argent encouru pour se défendre devant ce qu’il nomme des parodies de tribunaux.

D) Mandat orienté

Le mandat légal des commissions est de détecter, corriger, sanctionner la discrimination. Pas d’être « neutres » : elles sont structurellement orientées vers la protection du plaignant qui n’engage le plus souvent aucuns frais à se plaindre. Cela crée un biais institutionnel réel.

E) Étendue des pouvoirs, mais absence de garanties judiciaires complètes

Ces organismes quasi judiciaires peuvent rendre des décisions très lourdes de conséquences — réputationnelles, financières, professionnelles — sans offrir les garanties équivalentes à une cour de justice.


Voir aussi

Ancien admnistrateur scolaire retraité condamné à 750 000 $ pour avoir critiqué l'éducation LGBT de façon « haineuse »

Cour suprême — « toutes les déclarations véridiques » ne doivent pas « être à l’abri de toute restriction » (arrêt Whatcott)

Tribunaux suprémacistes (arrêt Whatcott, suite)

 Canada – Condamnée à verser 94 000 $ pour avoir affirmé qu’il existe deux sexes

Arrêt Whatcott : la Bible pas « haineuse », mais le juge Rothstein a-t-il tout lu ?

« Extirper l’hérésie et le blasphème » (progressistes) ?

Canada — 123 églises incendiées ou vandalisées depuis l'annonce de la découverte de tombes à l'ancien internat de Kamloops (aucune tombe n'a été trouvée après cette annonce largement relayée par les médias subventionnés).

 Faut-il continuer à réprimer les propos qui peuvent exposer à la haine ou au mépris, des « pré-crimes » ?

mercredi 4 mars 2026

Ancien admnistrateur scolaire retraité condamné à 750 000 $ pour avoir critiqué l'éducation LGBT de façon « haineuse »

Barry Neufeld
Le 18 février 2026, le Tribunal des droits de l’homme de la Colombie-Britannique a condamné Barry Neufeld, ancien administrateur scolaire de Chilliwack, qui avait critiqué un membre pro-LGBT à verser 750 000 dollars à l’Association des enseignants de Chilliwack, à la suite d’une plainte déposée par la Fédération des enseignants de la Colombie-Britannique.

Le Tribunal a conclu que vingt-quatre publications de M. Neufeld, diffusées sur plusieurs années, constituaient de la discrimination et relevaient du « discours haineux » au sens du Code des droits de la personne de la province. Les sommes devront être réparties entre les membres concernés dans un délai de six mois.

Un tribunal administratif, et non une cour de justice ordinaire

Il convient de préciser la nature de l’instance qui a rendu cette décision. Le Tribunal des droits de l’homme de la Colombie-Britannique n’est pas une cour de justice au sens classique, mais un tribunal administratif spécialisé, institué par la législation provinciale.

Au Canada, ces tribunaux dits « quasi judiciaires » exercent des fonctions juridictionnelles, mais selon des règles de procédure distinctes de celles des cours supérieures. Ils disposent généralement d’une plus grande souplesse dans l’admission et l’appréciation de la preuve, et ne sont pas tenus d’appliquer strictement les règles techniques de preuve en vigueur devant les tribunaux civils ou criminels. Leur mandat est spécialisé et circonscrit à l’application d’un régime législatif particulier, en l’occurrence le Code des droits de la personne.

Leurs décisions peuvent toutefois faire l’objet d’un contrôle judiciaire devant une juridiction supérieure, en Colombie-Britannique devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique, laquelle examine notamment si la décision est raisonnable et respecte les principes d’équité procédurale.

Les faits à l’origine du litige

Barry Neufeld avait publiquement exprimé des positions critiques à l’égard de certaines conceptions de l’identité de genre, affirmant notamment qu’il n’existerait que deux genres fondés sur le sexe biologique. Il avait également critiqué l’élection d’une administratrice scolaire, Carin Bondar, en mentionnant des contenus à caractère sexuel qu’elle avait diffusés en ligne dans un cadre qu’elle présentait comme scientifique.

Ces déclarations ont donné lieu à plusieurs procédures. En matière de diffamation, les tribunaux civils avaient déjà statué en faveur de Mme Bondar et condamné M. Neufeld à verser 45 000 dollars de dommages-intérêts.

La décision récente du Tribunal des droits de l’homme se situe sur un autre terrain juridique : celui de la discrimination et de l’atteinte à la dignité des personnes protégées par le Code provincial.

Le Tribunal a conclu que :
  • 24 de ses publications violaient l'article 7(1)(a) du Human Rights Code (publications discriminatoires) et/ou l'article 13 (discrimination en emploi), en créant un environnement de travail "empoisonné" pour les enseignants LGBTQ+ du district. Il les accusait notamment d'associer les personnes trans et queer à des formes graves d'abus sur enfants, de les dépeindre comme une menace pour les familles et l'ordre social, et d'invoquer des stéréotypes négatifs et "insidieux".
  • 6 publications spécifiques constituaient du hate speech au sens de l'article 7(1)(b) du Code, car elles étaient susceptibles d'exposer les personnes trans, gaies et lesbiennes à la haine ou au mépris en raison de leur identité de genre ou orientation sexuelle.

Exemple d'un des six propos haineux

Publication du 23 octobre 2017 (Facebook, Ex 17, tab 1)
 « Permettre aux enfants de changer de sexe n'est rien d'autre que de la maltraitance infantile... SOGI 1 2 3 est une arme de propagande qui enseigne aux enfants la théorie absurde selon laquelle le genre n'est pas déterminé biologiquement, mais est une construction sociale... Ma motivation première est de protéger la MAJORITÉ des enfants. » 
Explication du Tribunal : Cette publication expose les personnes trans à la haine en les dépeignant comme une menace via des accusations d'"abus d'enfants" et de "propagande". Elle délégitime leurs identités en les qualifiant d'"absurde théorie", invocant un stéréotype de "menace puissante" pour les valeurs familiales et les enfants, ce qui inspire de l'inimitié et encourage la discrimination.

Une sanction d’une disproportion exceptionnelle

C’est le montant de 750 000 dollars qui retient particulièrement l’attention. Une telle somme est inhabituelle dans le contexte des litiges liés à l’expression publique d’opinions, même lorsqu’elles sont jugées offensantes ou discriminatoires.

Le Tribunal a estimé que les montants attribués étaient « raisonnables, voire modestes » au regard des préjudices retenus. Néanmoins, pour un particulier, une sanction financière de cette ampleur peut être perçue comme extrêmement lourde.

La question posée n’est pas celle de l’adhésion ou non aux opinions exprimées par M. Neufeld. Elle concerne la proportionnalité de la réponse institutionnelle. Lorsque l’expression d’une position sur un sujet de politique publique conduit à une condamnation pécuniaire aussi élevée, la frontière entre protection contre la discrimination et restriction de la liberté d’expression devient un enjeu central.

Un débat institutionnel plus large

L’affaire soulève également une réflexion sur le rôle des tribunaux administratifs dans le règlement de débats sociétaux sensibles. Leur mandat vise à offrir un mécanisme spécialisé, plus accessible et moins formaliste que les tribunaux ordinaires. Toutefois, lorsque les sanctions prononcées atteignent des montants aussi considérables, certains s’interrogent sur l’adéquation entre la nature administrative de l’instance et la gravité des conséquences financières imposées.

Il a été indiqué que M. Neufeld envisagerait un recours devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique. Ce contrôle judiciaire pourrait permettre d’examiner la solidité du raisonnement juridique retenu et, le cas échéant, la proportionnalité des dommages accordés.

Au-delà du cas individuel, cette décision s’inscrit dans un débat plus vaste sur l’équilibre entre la lutte contre la discrimination et la protection de la liberté d’expression dans une société démocratique. La manière dont les juridictions supérieures traiteront cette affaire contribuera à préciser cet équilibre.

Dérive autoritaire du système des droits de la personne au Canada, selon Mark Steyn

Barry Neufeld a fait appel de cette décision, et son argumentation repose en grande partie sur un précédent que le Tribunal peine à écarter : l'affaire Elmasry c. Maclean's.

Cette affaire portait sur un article de Mark Steyn publié dans Maclean's, dans lequel l'auteur soutenait que les populations musulmanes croissaient au point de remplacer les populations européennes et autochtones, menaçant ainsi les lois et la culture occidentales. L'article affirmait que l'islam « nourrit de sérieuses ambitions mondiales » et que les musulmans étaient davantage liés par « le djihad » que par leur citoyenneté nationale. Le Tribunal lui-même a reconnu que le texte était « blessant et de mauvais goût », qu'il cherchait à instiller la peur, s'appuyait sur des stéréotypes courants et contenait des inexactitudes historiques et religieuses. Autant d'éléments qui, en d'autres circonstances, pourraient aisément être qualifiés au Canada progressiste de marqueurs de haine. Pourtant, le Tribunal avait conclu que l'article ne constituait pas un discours haineux, estimant qu'il s'agissait d'une expression d'opinion sur des questions politiques légitimes et que, en tout état de cause, « la peur n'est pas synonyme de haine et de mépris ».


Commentaire du chroniqueur du National Post Tristin Hopper

C'est précisément sur ce raisonnement que s'appuie Neufeld. Si un texte aussi chargé de stéréotypes et d'amalgames n'a pas été jugé haineux à l'égard des musulmans, au nom de quelle cohérence ses propres publications — qui critiquent une politique éducative et une idéologie — le seraient-elles ? La question est directe, et l'argument, selon Steyn, particulièrement solide.

Le Tribunal tente de désamorcer le parallèle en rappelant qu'Elmasry a été tranché avant l'arrêt Whatcott de la Cour suprême du Canada (2013), lequel a formalisé et durci les critères permettant d'identifier un discours haineux. Si ce précédent avait existé à l'époque, suggère le Tribunal, la décision aurait peut-être été différente. Mais pour Steyn, cet argument ne fait qu'aggraver le problème : il révèle un système qui se durcit progressivement, et dont le resserrement frappe de manière disproportionnée les positions conservatrices sur les questions de genre et de sexualité, tandis que d'autres discours controversés ont bénéficié par le passé d'une plus grande indulgence. C'est cette asymétrie que Steyn juge inacceptable.

Au-delà du cas Neufeld, c'est l'ensemble du système des tribunaux (quasi-judiciaires) des droits de la personne que Steyn remet en cause. Il rappelle ses propres démêlés avec ces instances — les plaintes déposées contre lui et Maclean's avaient finalement été rejetées en 2008 — et la longue bataille qui avait conduit à l'abrogation de l'article 13 de la loi fédérale sur les droits de la personne en 2013, disposition qui permettait ces poursuites pour discours haineux. Il décrit des tribunaux fonctionnant avec des taux de condamnation frôlant les 100 %, des procédures parfois tenues secrètes, et une logique bureaucratique qui cherche à réguler non des actes, mais des émotions.

La sanction infligée à Neufeld lui paraît délibérément dissuasive, et ses effets sont déjà visibles : un autre élu scolaire du district, Laurie Throness, a préféré démissionner par crainte d'un sort identique. Pour Steyn, critiquer le programme SOGI 123 ou remettre en question l'idéologie du genre n'est pas de la haine — même si cela blesse certains. Et la révision judiciaire engagée par Neufeld devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique représente, à ses yeux, une occasion décisive de le faire reconnaître.

Le comédien  John Cleese (connu pour Monty Python) évitera la Colombie-Britannique afin de ne pas être victime pour non-respect de la théorie du genre


Voir aussi
 
 
  
 
 
Les Monty Pythons avaient prophétiquement prévu en 1979 ce qui agiterait notre époque (les « droits » LGBTQQIP2SAA+, ici le droit des hommes qui se disent femmes à avoir des enfants et à nier la réalité biologique).

Étude : les hausses de salaire des femmes réduisent la fertilité future, tandis que celles des hommes l'augmentent

Résumé : Une étude de décembre 2025 de la Fed de Chicago utilisant des données danoises : les hausses de salaire des femmes réduisent la fertilité future (jusqu'à -3,8 % pour un +5 % de salaire à 25 ans), tandis que celles des hommes l'augmentent (jusqu'à +1,2 %).

Les auteurs expliquent cette asymétrie par l'effet substitution dominant chez les femmes (compétition entre travail et enfants, garde d'enfants plus souvent à leur charge) et l'effet revenu chez les hommes, basé sur des réformes fiscales de 2009-2010 et un modèle de cycle de vie.

Ces résultats soulignent un impact potentiel inattendu des politiques d'égalité salariale sur la baisse de la natalité en Europe du Nord, où la fertilité est déjà faible (1,5 enfant par femme au Danemark en 2025).

Détails

Une étude publiée en décembre 2025 par la Federal Reserve Bank of Chicago analyse les liens entre évolution des salaires et décisions de fécondité à partir de données administratives danoises. Les auteurs exploitent des réformes fiscales mises en œuvre au Danemark entre 2009 et 2010 afin d’identifier l’effet causal de variations de salaires nets sur le nombre d’enfants au cours du cycle de vie.

Une relation différenciée selon le sexe

Les résultats mettent en évidence une asymétrie marquée :

  • Chez les femmes, une hausse du salaire net à un âge précoce – notamment autour de 25 ans – est associée à une baisse de la fécondité ultérieure. Selon les simulations du modèle estimé, une augmentation permanente de 5 % du salaire net féminin à 25 ans correspond à une diminution pouvant atteindre –3,8 % du nombre d’enfants attendu au cours de la vie.

  • Chez les hommes, une hausse comparable du salaire net est associée à une augmentation de la fécondité. Dans les mêmes conditions, une hausse de 5 % du salaire net masculin à 25 ans correspond à une progression pouvant atteindre +1,2 % du nombre d’enfants.

Ces estimations proviennent d’un modèle structurel de cycle de vie calibré sur les données danoises, combinant trajectoires salariales, décisions d’offre de travail et choix de fécondité.

Les mécanismes économiques avancés

Les auteurs interprètent cette asymétrie à partir de deux mécanismes classiques de la théorie économique :

  1. Effet de substitution dominant chez les femmes
    Une hausse du salaire augmente la valeur du temps consacré au travail rémunéré. Lorsque les responsabilités liées à la garde des enfants sont principalement assumées par les femmes, une augmentation du salaire féminin accroît le coût d’opportunité du temps consacré à la parentalité. Cela tend à réduire le nombre d’enfants choisi.

  2. Effet de revenu dominant chez les hommes
    Une hausse du salaire masculin accroît le revenu total du ménage. Cette augmentation des ressources disponibles peut favoriser la décision d’avoir davantage d’enfants, l’amélioration du revenu jouant un rôle positif dans les choix de fécondité.

L’étude montre également que les décisions de fécondité influencent à leur tour l’offre de travail sur l’ensemble du cycle de vie, contribuant à façonner les trajectoires professionnelles différenciées selon le sexe.

Un contexte démographique de faible fécondité

Ces résultats s’inscrivent dans un contexte où la fécondité demeure inférieure au seuil de renouvellement des générations dans plusieurs pays d’Europe du Nord. Au Danemark, le taux de fécondité total s’établit autour de 1,5 enfant par femme en 2025, soit un niveau nettement inférieur au seuil d’environ 2,1 nécessaire au maintien de la population sans apport migratoire.

lundi 2 mars 2026

Controverse autour d'une étude sur les violences politiques en France : méthodologie contestée et deux poids deux mesures

Dans le sillage de la mort tragique de Quentin Deranque, un militant catholique et étudiant en mathématiques âgé de 23 ans, survenue le 14 février 2026 à Lyon à la suite d'un lynchage impliquant des militants d'extrême gauche proche de LFI et de la Jeune Garde, une étude datant de 2021 a été largement diffusée par les médias de grand chemin.

Dirigée par la sociologue Isabelle Sommier, en collaboration avec Xavier Crettiez et François Audigier, et publiée sous le titre Les violences politiques en France. De 1986 à nos jours (Presses de Sciences Po), cette recherche financée par l'Agence nationale de la recherche (ANR) recense environ 9 200 incidents de violence politique sur la période. Parmi les 418 homicides identifiés, 53 sont qualifiés dans ce rapport de "meurtres à caractère idéologique", dont 90 % (environ 48) sont attribués à l'extrême droite, contre seulement 5 à l'extrême gauche. L'étude note également une hausse récente des violences : un doublement des agressions et une multiplication par cinq des affrontements au cours des dix dernières années. Depuis 2022, Sommier évoque six à douze morts supplémentaires imputés à l'extrême droite dans des mises à jour non publiées.Ce chiffre choc des "90 %" a été largement relayé pour relativiser le meurtre de Deranque comme un événement rare de la part de la gauche, contrastant avec une supposée domination de la violence létale par l'extrême droite. 

En 2023 (et potentiellement d'autres années), Isabelle Sommier a participé aux universités d'été de La France insoumise. Elle y est intervenue en tant qu'experte sur la violence politique, aux côtés de figures comme Raphaël Arnault (député LFI et cofondateur de la Jeune Garde antifasciste) et de militants de la Jeune Garde. 
Cependant, des critiques méthodologiques ont émergé, pointant une asymétrie dans le traitement des cas. Ces débats ont culminé lors d'une confrontation télévisée le 23 février 2026 sur France 5, où le journaliste Paul Sugy, du Figaro, a qualifié la méthodologie de "bidon" et "asymétrique". 
 
La complaisance des médias : une reprise sans filtre des chiffres contestés

Dans les jours suivant la mort de Quentin Deranque, de nombreux médias ont cité l'étude de Sommier comme une référence incontestable, souvent pour déplacer le narratif d'une violence d'extrême gauche montante vers une violence politique plus grave à droite. Cette reprise aveugle illustre une forme de complaisance, où les chiffres sont présentés comme des faits irréfutables sans s'interroger sur les critères d'inclusion ou les potentiels biais.  On trouve en fin de billet un un aperçu des principales reprises complaisantes de cette  « étude » dans les médias.

Mais abordons les principales critiques de cette « étude » telles que publiées par Paul Sugy.

Les attentats djihadistes représentent la majorité des meurtres politiques en France

Pour comprendre le débat, il faut d’abord revenir à la catégorisation retenue par l’étude. Celle-ci distingue plusieurs niveaux d’analyse : les «meurtres idéologiques» constituent une sous-catégorie des «meurtres politiques», eux-mêmes inclus dans l’ensemble plus large des faits de «violences politiques». Autrement dit, les meurtres idéologiques ne représentent qu’une fraction des meurtres à dimension politique, lesquels ne constituent eux-mêmes qu’une partie des violences politiques recensées.

Cette précision étant faite, notons déjà qu’Isabelle Sommier et ses coauteurs n’attribuent pas 90 % des violences politiques à l’extrême droite, mais seulement 90 % des meurtres idéologiques. L’ensemble des violences comprend quant à lui bien d’autres faits, comme les dégradations (dont 51,8 % sont commises par la gauche, selon les auteurs). Or sur le total des actes de violence recensés, les auteurs n’en attribuent que 59,7 % à la droite. Ils relèvent par ailleurs que la violence politique a très nettement changé de bord au cours de la période étudiée, pour se déplacer de la droite vers la gauche : plus des trois quarts des faits de violence étudiés entre 1986 et 1990 étaient imputés à la droite, tandis que les deux tiers des faits étudiés entre 2013 et 2017 étaient le fait de la gauche. 

Par ailleurs, les auteurs rappellent aussi que la plupart des meurtres politiques sont bien entendu le fait des djihadistes : 69 % des morts politiques au total sur la période, dont 216 rien qu’en 2015-2016, soit déjà quatre fois plus que le nombre de meurtres idéologiques.

Déduire de ces travaux que la droite ou l’extrême droite serait responsable de 90 % des violences politiques en France est donc fallacieux : ce chiffre n’est avancé que pour ce qui concerne les meurtres idéologiques.

Il faut donc comprendre que le chiffre avancé de 90 % des meurtres idéologiques commis par la droite est le résultat d’un double choix méthodologique contestable. D’une part, les auteurs expliquent d’abord en introduction qu’ils ont adopté une définition très extensive de la «violence politique», entendue au sens d’actes dont «l’objet, le choix des cibles ou des victimes, la mise en œuvre ou les effets acquièrent une signification politique», plutôt que de s’en tenir à des faits de violence dont la cible est politique, ou dont l’intention est de provoquer un changement politique, ce qui aurait limité le champ. Ensuite, une fois adoptée cette définition très englobante, les auteurs excluent ensuite des violences idéologiques les attentats islamistes pour les ranger dans la catégorie des violences religieuses - ce qui élude le caractère idéologique de la violence djihadiste. 

La plupart des attentats d’Action directe ne sont pas pris en compte

D’autre part, la construction de la base de données étudiée présente elle aussi des biais. 

La chronologie retenue est déjà surprenante : «l’année 1986 a été retenue comme point de départ car elle est marquée par l’apogée des violences d’Action directe», écrivent les auteurs. Ce groupe terroriste communiste emblématique des «années de plomb» né en 1979 a revendiqué plus de 80 assassinats ou attentats en France, et 4 des 5 meurtres commis par la gauche dans l’étude d’Isabelle Sommier lui sont imputés. Sauf que précisément, l’immense majorité des homicides commis par des commandos d’Action directe ont eu lieu... avant 1986 ! Entre 1979 et 1985, Action directe a tué au moins 12 personnes. Si ces meurtres avaient été intégrés dans la base de données de leur étude, les chercheurs auraient calculé une proportion bien moindre de meurtres idéologiques imputables à l’extrême droite. 

D’autre part il apparaît vite que les auteurs ont écarté de leur base de données plusieurs homicides qui semblent pourtant entrer très clairement dans le champ des meurtres idéologiques tel que celui-ci a été défini. Comme l’ouvrage ne mentionne pas en annexe la liste complète des meurtres recensés, il faut procéder par déduction. Ainsi puisque les auteurs ne mentionnent que 4 meurtres commis par Action directe, il faut supposer qu’il s’agit essentiellement de ceux commis en 1986 (assassinat du patron de Renault Georges Besse, assassinat terroriste d’un policier, victime collatérale dans une explosion dirigée contre Alain Peyrefitte...). 

Par élimination, cette liste n’inclut donc pas les quatre personnes (trois policiers et un chauffeur de taxi) tuées dans une fusillade le 4 octobre 1994 par  Florence Rey et Audry Maupin , deux militants syndicaux et anarchistes biberonnés à la lecture d’idéologues de la violence révolutionnaire d’extrême gauche (comme Bakounine) et que la presse de l’époque a souvent considéré comme des héritiers du mouvement Action directe. 

Il apparaît également que la tuerie commise en 2002 à l’hôtel de ville de Nanterre par Richard Durn n’a pas été prise en compte. Cet ancien responsable associatif dans l’humanitaire et militant altermondialiste, qui avait été membre du Parti socialiste puis des Verts et avait exercé des responsabilités au sein de la Ligue des droits de l’homme, a tué 8 élus municipaux et en a blessé 19 autres avant de se suicider lors de sa garde à vue. Dans une lettre testament envoyée avant de passer à l’acte, il évoquait notamment son admiration pour Pol Pot ou Staline. 

Des meurtres racistes commis par des individus isolés sont imputés à la droite

Dès lors que ces deux tueries marquantes et très médiatisées, qui sont incontestablement le fait de militants de gauche ou d’extrême gauche, ont été écartées de la base statistique retenue par les auteurs de l’étude, peut-on considérer simplement qu’il s’agit d’un choix méthodologique visant à ne conserver que des faits dont la dimension politique ou idéologique est absolument certaine ? Rien n’est moins sûr. Car  dans une mise à jour récente de ses travaux proposée à Franceinfo , Isabelle Sommier a dressé une liste de 6 meurtres qu’elle impute à l’extrême droite, parmi ceux commis en France depuis 2022. Or aucun d’entre eux ne satisfait complètement à une telle exigence.

Il s’agit dans le détail de la mort de Federico Martin Aramburu, de trois militants kurdes, d’Éric Casado-Lopez et d’Hichem Miraoui. Examinons chacun de ces meurtres. 

Le rugbyman Federico Martin Aramburu a été tué en mars 2022 par un militant d’extrême droite et ancien membre du GUD,  Loïk Le Priol , après s’être interposé lors d’une bagarre survenue à 6h du matin dans un bar parisien alors que les protagonistes étaient fortement alcoolisés. Les juges d’instruction n’ont pour l’heure qualifié cet homicide ni comme un acte politique, ni même comme un acte raciste. 

En mai de la même année, un Français d’origine marocaine et espagnole, Éric Casado-Lopez, a été tué d’une balle dans la tête dans une rue de Paris alors qu’il était confronté à d’autres individus au cours d’une rixe : un autre conducteur est sorti de sa voiture, s’est d’abord interposé puis l’a assassiné froidement. Le meurtrier, Martial Lanoir, est un chanteur raté qui versait dans le complotisme (notamment depuis la pandémie de Covid-19) et l’antisémitisme. Sa victime a toutefois été choisie au hasard et rien ne laisse penser que son crime revêtait une signification politique précise.

Les deux autres crimes recensés sont en revanche des crimes racistes.  Hichem Miraoui , un coiffeur tunisien vivant dans le Var, a été assassiné en mai 2025 par son voisin Christophe Belgembe, un individu ayant partagé sur Internet des contenus racistes et hostiles aux immigrés, ainsi que des appels à voter pour le Rassemblement national (sans être membre pour autant de ce parti, ni militant au sein d’autres groupes politiques).

Enfin rue d’Enghien à Paris en 2022, un ancien militaire et repris de justice, non connu pour une quelconque affiliation à un mouvement politique, a assassiné trois militants kurdes : ce crime raciste semble motivé par la volonté de se venger de la trop grande mansuétude reprochée aux Kurdes par le meurtrier,  William Malet , dans le contexte des combats contre Daech. Seuls à ce jour des responsables politiques de gauche ou d’extrême gauche ont décrit cette fusillade comme un attentat imputé à l’extrême droite, le gouvernement ou le président de la République n’ayant pas employé ces termes.

Aucun de ces crimes en revanche n’a été commis par un groupe politique constitué, et encore moins au nom d’un idéal politique clairement affiché, au contraire des attentats commis par Action directe par le passé... ou du meurtre de Quentin Deranque,  lynché  par des membres de La Jeune Garde, un collectif antifasciste, et réunis le soir du 12 février dans les rues de Lyon au nom de leur appartenance politique commune.

Une chercheuse très politisée

Cette asymétrie dans l’imputation de meurtres à des criminels identifiés comme appartenant à l’extrême droite ou à l’extrême gauche fragilise le résultat final des auteurs, et donc le chiffre de 90 % de meurtres politiques relevant de la violence d’extrême droite. Si par exemple chaque crime raciste dirigé contre des étrangers relève de la violence d’extrême droite, au motif que les partis d’extrême droite banaliseraient des discours hostiles aux étrangers, pourquoi ne pas imputer en miroir de ces crimes les meurtres relevant du racisme anti-Blancs à l’extrême gauche, et donc possiblement  la mort de Thomas Perotto à Crépol  ? Une telle construction méthodologique serait sûrement critiquable - mais en ce cas, il faut admettre également que l’imputation de crimes racistes à l’extrême droite au seul prétexte que le meurtrier a tenu des propos xénophobes est également contestable.

Il faut relever enfin que la neutralité de la sociologue Isabelle Sommier par rapport à son propre objet de recherche est sujette à caution, compte tenu notamment de sa participation en 2023 à une table ronde avec le député (LFI) Antoine Léaument aux AMFIS, l’université d’été de la France insoumise, pour une discussion animée par la sociologue Marlène Benquet, elle-même membre de l’Institut La Boétie affilié à la France insoumise et coprésidé par Jean-Luc Mélenchon.

Dans une autre étude statistique  fondée sur les données d’Europol  et portant sur les arrestations liées au terrorisme dans l’Union européenne entre 2010 et 2021, le Conseil de l’Europe recensait 258 arrestations liées au «terrorisme de droite» contre 564 liées au «terrorisme de gauche et anarchiste» - et 4416 liées au terrorisme djihadiste ou d’inspiration religieuse.

Voici un aperçu des principales reprises dans les médias en février 2026 :

Le Monde (19 février) : Dans une interview de Sommier, le journal rapporte que "les violences politiques connaissent une augmentation significative avec un doublement des agressions depuis dix ans", et cite les 90 % de meurtres idéologiques attribués à l'extrême droite sur 53 cas, sans mentionner de limites méthodologiques ou de critiques.  L'article se concentre sur la hausse globale, en distinguant les répertoires d'action (létal pour la droite, symbolique pour la gauche), mais omet tout débat sur la classification des actes.

Nouvel Obs (17 février) : Sommier y affirme une "augmentation très nette de la violence politique", avec 52 morts pour l'ultra-droite contre 5 pour l'ultra-gauche entre 1986 et 2017. L'article contextualise la mort de Deranque comme potentiellement le premier homicide imputable à la gauche depuis les années 1980, sans aborder les contestations sur les critères d'attribution. 

Alternatives Économiques (20 février) : L'entretien avec Sommier qualifie la mort de Deranque d'"issue tragique prévisible" dans un contexte de tensions à Lyon, et reprend les 90 % sans critique, en insistant sur la distinction des modes d'action entre ultra-droite (ciblant des personnes) et ultra-gauche (ciblant des biens). 

Le Progrès (21 février) : Sommier y évoque "huit décès attribués à la droite radicale depuis 2022, un à l'ultragauche", en référence à Deranque. L'article présente l'étude comme une base empirique solide, sans questionner les méthodes de recensement. 

Radio France (23 février) : Dans un podcast, Crettiez, co-auteur, cite 58 morts pour l'ultra-droite contre 6 pour l'ultra-gauche (1986-2017), en soulignant la rareté des homicides létaux à gauche. Aucune mention de critiques. 

BonPote (17 février) : Le site reprend les 90 % pour contrer un "deux poids, deux mesures" favorisant l'extrême droite, sans examiner la validité des chiffres. 

D'autres médias comme Mediapart (20 février), Marianne (20 février), Le Parisien (17 février), Politis (16 février), L'Opinion (24 février), Franceinfo (18 février), La Croix (21 février), L'Express (18 février) et même des sources étrangères (The Times, The Guardian) ont évoqué l'étude dans le contexte de Deranque, souvent pour souligner une "recrudescence de la violence" ou une "fracture politique", mais rarement avec une analyse critique. Cette diffusion massive, sans contrepoint, a amplifié les chiffres au détriment d'une vérification approfondie, contribuant à un narratif polarisé où l'étude sert de bouclier contre les accusations de violence à gauche.

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