mercredi 13 mai 2026

Avec 2,9 enfants par femme, Israël avait la natalité la plus élevée de l’OCDE en 2024

Israël est le seul État du forum à se reproduire au-delà du taux de remplacement ; le rapport cite le taux de fécondité élevé chez les Haredim, mais celui de la population laïque dépasse celui des autre pays de l'OCDE.

Le taux de natalité d’Israël reste le plus élevé parmi les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques, selon un rapport de l’OCDE publié jeudi, alors que les taux de natalité diminuent dans l’ensemble du monde développé.

Les cinq États membres ayant les taux de natalité les plus élevés ont connu la plus forte baisse, indique le rapport, qui note toutefois « qu’Israël s’écarte de cette tendance car les femmes du groupe de population [ultra-orthodoxe] ont souvent un grand nombre d’enfants ».

L’indice synthétique de fécondité d’Israël est de 2,9 enfants par femme, suivi du Mexique (1,91) et de la France avec 1,62 enfant par femme, soit près du double de la moyenne de l’OCDE (1,5), selon le rapport.

Cette fécondité étonne dans un pays développé où le coût de la vie, et particulièrement le logement, est très élevé. Tel Aviv et Jérusalem figurent parmi les villes les plus chères au monde rapportées aux revenus. Pourtant, la natalité reste robuste, tirée par une combinaison de politiques publiques, d’aides financières, d’une culture pro-familiale et de facteurs religieux/culturels.

Les principales politiques natalistes israéliennes

Israël n’a pas de « politique nataliste » explicite et coercitive, mais un ensemble de mesures très généreuses qui réduisent le coût économique des enfants :

  • Allocations familiales (Bituach Leumi) : Universelles et automatiques pour tous les enfants de moins de 18 ans. En 2026, elles s’élèvent environ à :
Enfant
Montant en NIS/mois
  En CAD (approx.)
  En EUR (approx.)
1er enfant
173 NIS
 81,50 $
50,70 €
2e, 3e et 4e enfant
219 NIS
103,10 $
64,20 €
5e enfant et suivants
173 NIS
 81,50 $
50,70 €


Des suppléments existent pour les familles à bas revenus. Ces allocations ont un effet démontré sur la fécondité, surtout dans les groupes à forte natalité.

  •  Avantages fiscaux : Crédits d’impôt significatifs, particulièrement pour les jeunes enfants (jusqu’à environ 940 NIS/mois par enfant de moins de 3 ans si les deux parents travaillent, soit ≈ 443 CAD / 276 €).
  • Congé maternité : 15 semaines payées, plus des protections pour les parents.
  • Garderies et éducation : Gratuite à partir de 3 ans (et parfois avant avec subventions selon revenus). Les haredim bénéficient d’un réseau dense de yechivot et de garderies subventionnées.
  • Technologies de reproduction : Israël finance généreusement les FIV, avec un des taux d’utilisation les plus élevés au monde. La parentalité biologique est vue comme un droit quasi-civil.
  • Autres aides : Prêts logement bonifiés pour familles (surtout pour ceux ayant servi dans l’armée), aides à l’immigration (Olim), et un fort soutien communautaire (surtout chez les religieux).
Le paradoxe du logement cher

Le logement constitue le principal frein : les prix ont explosé (+130 % entre 2000 et 2022, contre +45 % pour les revenus), en raison de la forte croissance démographique, de la bureaucratie (délais de permis longs), d’une offre insuffisante et d’une demande pour des logements plus grands (familles nombreuses). Beaucoup de jeunes familles peinent à acheter ou louer un appartement adapté.Malgré cela, plusieurs facteurs atténuent le choc : 

  •  Soutien intergénérationnel : Les grands-parents aident souvent financièrement et pour la garde. 
  • Culture pro-familiale : Même chez les laïcs (hiloni), avoir des enfants reste une valeur centrale, liée à l’identité juive et à la résilience nationale.
  • Concentration des naissances chez les haredim : Ils ont un ISF de ~6-7 et bénéficient de fortes subventions. Ils représentent une part croissante de la croissance démographique.
  • Adaptation : Familles nombreuses s’installent souvent en périphérie (où le logement est moins cher) ou dans des communautés solidaires.
Fécondité par groupe religieux / sous-groupes (données ~2022-2024) :
  • Juifs globaux : ~3,03 à 3,09 enfants par femme en 2024 (hausse récente par rapport à 2022-2023). C’est désormais supérieur aux musulmans. 
  • Juifs haredim (ultra-orthodoxes) : ~6,5 (2021-2023), parfois cité autour de 6-7. En baisse lente sur longue période (de ~7,5 dans les années 2000), mais toujours très élevé. Ils représentent ~13-14 % de la population en 2025. 
  • Juifs religieux/national-religieux (Dati) : ~4,0-4,2.
  • Juifs traditionnels (Masorti) : ~2,6-3,0.
  • Juifs laïcs/séculiers (Hiloni) : ~2,0-2,3 (souvent juste au-dessus ou autour du seuil de remplacement 2,1 ; ~1,96-2,0 dans certaines périodes récentes pour les plus laïcs). 
  • Musulmans : ~2,7-2,75 en 2024 (forte baisse sur 20 ans, de ~4,5+ auparavant). Certaines estimations pour 2024 descendent à ~2,5. 
  • Chrétiens (majoritairement arabes) : ~1,6-1,7 (très bas, souvent le plus faible).
  • Druze : ~1,6-1,85.
  • Athées/non-religieux : Pas de catégorie séparée officielle, mais inclus dans les laïcs juifs (~2,0+) ou "autres". Les laïcs juifs maintiennent un ISF relativement élevé par rapport aux standards occidentaux grâce à la culture pro-familiale israélienne. 
L'alignement vers le haut de la fécondité des juifs issus de l'URSS

Les données précises par langue ou origine récente sont limitées, mais les immigrés de l’ex-URSS (souvent russophones, arrivés surtout dans les années 1990) avaient initialement un ISF très bas (proche de 1-1,5 à leur arrivée). Il a convergé vers celui des Juifs natifs laïcs/séculiers israéliens, avec une augmentation notable de la fécondité achevée (surtout chez ceux arrivés jeunes). Chez les plus séculiers, elle se rapproche beaucoup des laïcs natifs (~2,0+). Les non-juifs parmi ces immigrés ont souvent une fécondité plus faible. 

Pas de chiffres officiels ultra-récents isolés pour 2024-2025, mais ils s’intègrent dans la moyenne des Juifs non-haredim (~2,4-2,5 pour les non-haredim globaux).
Bilan et défisLes politiques natalistes israéliennes fonctionnent : elles ont contribué à faire d’Israël l’exception démographique du monde développé. Elles coûtent cher à l’État (surtout avec la croissance haredim), mais elles produisent un « dividende démographique » (population jeune, armée forte, innovation). Cependant, la crise du logement reste un défi majeur. Sans accélération massive de la construction (surtout de logements abordables et adaptés aux familles), la pression sur les jeunes couples pourrait s’accentuer. 

Québec : légère augmentation de la fécondité (1,36 enfant/femme) grâce aux enfants nés d'étrangers

On estime que 78 200 bébés sont nés au Québec en 2025, comparativement à 77 400 en 2024 (+ 800). Cette hausse est de faible ampleur (+ 1 %), et le contexte plus général reste celui d’une baisse du nombre de naissances depuis 2013.

La fécondité demeure extrêmement faible

L’indice synthétique de fécondité est estimé à 1,36 enfant par femme en 2025. Il s’agit d’une légère augmentation par rapport au creux historique de 1,35 enfant par femme survenu en 2024. Néanmoins, l’indice demeure parmi les plus faibles observés au Québec. Le précédent niveau le plus faible avait été enregistré en 1987 et l’indice s’établissait alors aussi à 1,36 enfant par femme. Au cours des dernières années, un maximum de 1,73 enfant par femme a été atteint en 2008 et en 2009. Depuis, la tendance est à la baisse. 

La fécondité du Québec est inférieure à celle de certains pays industrialisés, comme les États-Unis (1,56 enfant/femme), la France (1,53) et plus particulièrement Israël (2,89), mais elle est supérieure à celle d’autres, comme l’Italie (1,14) et la Corée du Sud (0,80 enfant/femme). À l’instar de ce qui s’observe au Québec, une hausse de la fécondité a aussi été observée dans trois des neuf pays où l’on dispose déjà de données pour l’année 2025. Dans les six autres, la baisse a continué. À l’échelle canadienne, la fécondité du Québec est supérieure à celle de la majorité des autres provinces, selon les données de 2024 (les plus récentes disponibles).

Le nombre de nouveau-nés ayant au moins un parent né à l’extérieur du Canada a augmenté en 2025, tandis que le nombre de naissances issues de deux parents nés au Canada a diminué, comme c’est généralement le cas depuis quelques années. Dans l’ensemble, 4 bébés sur 10 (42 %) nés au Québec en 2025 ont au moins un parent né dans un autre pays. Cette proportion tend à augmenter au fil du temps; elle était de 21 % en 2000. En 2025, les principaux pays d’origine des parents nés à l’étranger sont l’Algérie, la France, Haïti et le Maroc.


La contribution des mères nées à l’étranger à la natalité est encore plus importante à l’échelle canadienne selon une étude récente de Statistique Canada (Provencher 2025).

Au Canada, en 2024 (plus récentes données disponibles), 42 % des nouveau-nés ont une mère née à l’étranger.  Cette proportion varie toutefois grandement selon la région. Les provinces de l’Ontario et de la Colombie-Britannique affichent les parts les plus élevées de naissances de mères nées à l’extérieur du Canada, soit un bébé sur deux (49 %), suivies de près par l’Alberta (46 %).

À l’opposé, elle est la plus faible dans les provinces. La proportion de naissances de mères nées à l’étranger est associée à la représentation des femmes immigrantes au sein de la population d’âge fécond. Selon les données du Recensement de 2021, la vaste majorité des immigrants vivaient dans un centre urbain et la RMR de Toronto est celle qui comptait la plus forte part d’immigrants au sein de sa population (47 %), suivie de Vancouver (42 %) et de Calgary (32 %) (Statistique Canada 2022a).

À l'opposé elle est plus faible dans les provinces de l’Atlantique et en Saskatchewan (environ 25 %). Le Québec (avec 34,1 %) se situe en position intermédiaire parmi l’ensemble des provinces, aux côtés du Manitoba (de l’ordre de 35 %). 

Une comparaison avec neuf pays sélectionnés par Statistique Canada a permis de constater que le Canada affiche la plus forte proportion de naissances de mères d’origine étrangère, selon les données de 2023. Le Canada (39 %) devance ainsi, en ordre, l’Australie, l’Angleterre et le Pays de Galles, l’Allemagne, l’Espagne, les États-Unis et la Suisse (de 30 à 37 %), de même que
la France, le Danemark et les Pays-Bas (de 21 % à 25 %).

La forte immigration des dernières années a eu un effet modeste sur le vieillissement de la population

La structure par âge de la population évolue selon une trajectoire prévisible qui dévie difficilement, puisqu’elle est déterminée par les effectifs des générations qui se sont succédé au fil du temps. Comme attendu, la part des personnes âgées de 65 ans et plus a ainsi augmenté de façon accélérée à partir de 2011 environ, soit lorsque les nombreux baby-boomers ont commencé à atteindre cette tranche d’âge et, par le fait même, à quitter le groupe des 20-64 ans, dont la part a décliné.

Le vieillissement de la population n’a ralenti que ponctuellement et modestement dans le contexte de forte immigration qu’a connu le Québec entre 2022 et 2024. Durant cette période, l’arrivée de nombreux migrants internationaux a entraîné une croissance notable des effectifs chez les 20-64 ans, qui rompait avec la relative stabilité de la décennie précédente, et a ainsi freiné la baisse du poids démographique de ce groupe d’âge au sein de la population. La part des personnes âgées n’a pas cessé d’augmenter pour autant, mais la hausse a été atténuée.

Légère baisse du nombre d'immigrants dits « non permanents » (RNP)

Encore relativement négligeable il y a une dizaine d’années, leur nombre a commencé à augmenter de manière notable à partir de 2016, et cette tendance s’est amplifiée après la pandémie. Alors qu’on en comptait moins de 100 000 jusqu’au début des années 2010, on estime que ce nombre était de 565 450 au début de 2025. La baisse de la dernière année porte leur effectif à 514 050 personnes au 1er janvier 2026. À cette date, les RNP représentent 5,7 % de la population québécoise, comparativement à 6,3 % un an auparavant.


« Jamais autant d'immigration en France »

L’immigration est-elle une fatalité ? C'est le sujet abordé par Le Club Le Figaro Idées présenté par Eugénie Bastié. Elle reçoit Didier Leschi et Nicolas Pouvreau-Monti.

mardi 12 mai 2026

« L’arabe est la deuxième langue la plus parlée en France »

Lors d’un discours prononcé en Égypte le 9 mai 2026, à l’occasion de l’inauguration d’un nouveau campus de l'université francophone d'Alexandrie, le président Emmanuel Macron a souligné les liens linguistiques et culturels entre la France et les pays méditerranéens. Devant son auditoire, il a déclaré : « L’arabe est la deuxième langue la plus parlée en France. C’est une réalité qu’il faut souvent rappeler. » Cette affirmation, prononcée dans le cadre d’un plaidoyer pour le multilinguisme et le renforcement de la francophonie, a rapidement circulé sur les réseaux sociaux, suscitant de nombreux débats sur l’évolution de la société française et la place des langues issues de l’immigration.


Le chef de l’État français a salué un projet universitaire francophone présenté comme un modèle de coopération entre l’Égypte et la France, soutenu par un financement égyptien d’environ 60 millions d’euros. Il a mis en avant la hausse du nombre d’étudiants, l’objectif de dépasser 500 inscrits, ainsi que le développement de formations en ligne et de réseaux internationaux d’anciens étudiants. Son nouveau campus, situé à Borg El Arab (nom prédestiné pour cette annonce) près d’Alexandrie, s’étend sur 33 500 m² et dispose d’infrastructures modernes dédiées à l’enseignement et à la recherche.

Statistiques linguistiques en France.

Le français est la langue officielle de la République (article 2 de la Constitution) et la langue largement dominante. La France est de facto multilingue en raison des langues régionales, des langues d’outre-mer et surtout des langues issues de l’immigration. 

Environ 54 % de la population ne maîtrise que le français.

Enquête INSEE/INED 1999 (la plus complète sur la transmission) : 26 % des adultes (environ 11,5 millions) ont reçu une langue autre que le français de leurs parents (moitié langues régionales, moitié langues d’immigration). La transmission intergénérationnelle de ces langues reste faible (environ 35 %). 

L’arabe dialectal (maghrébin : algérien, marocain, tunisien principalement) est généralement considéré comme la deuxième langue la plus parlée en France, avec des estimations entre 3 et 4 millions de locuteurs (y compris niveaux variables, souvent en contexte familial). Il devance les créoles, le berbère (amazigh), l’alsacien, l’occitan et le breton. 

Cela reflète l’importance de l’immigration maghrébine et subsaharienne.

L’arabe est surtout parlé en famille ou dans certains quartiers, mais la maîtrise du français reste élevée chez les immigrés (90 % bonne compréhension orale chez les 18-59 ans). 

Langues régionales (estimations autour de 1999, en baisse) : Occitan (500 000+), alsacien (500 000+), breton (~300 000), langues d’oïl, corse, basque, etc. Au total, elles sont moins parlées que l’arabe dialectal. 

lundi 11 mai 2026

Les élections locales britanniques de mai 2026 : vers une fragmentation grandissante

Les élections locales du 7 mai 2026 en Angleterre ont confirmé, de manière spectaculaire, ce que beaucoup observaient depuis plusieurs années : le système politique britannique traditionnel est en train de voler en éclats. Ni le bipartisme, ni le consensus multiculturaliste des décennies passées n’ont résisté à la réalité démographique et culturelle du pays.Une double percée : Reform UK et les indépendants communautairesD’un côté, Reform UK de Nigel Farage a réalisé une percée historique. Le parti a remporté environ 1 450 sièges de conseillers, obtenu autour de 26-27 % des voix et pris le contrôle de plusieurs conseils, dont Havering à Londres. Ce succès reflète le ras-le-bol d’une grande partie de la population britannique — notamment la classe ouvrière blanche — face à l’immigration de masse incontrôlée, à la pression sur les services publics, au coût du logement et à la dilution perçue de l’identité nationale.


De l’autre côté, les indépendants musulmans (« Muslim Independents ») et candidats communautaires pro-Palestine ont enregistré un bond impressionnant : environ 208 sièges. Ces gains se concentrent dans des zones à forte population musulmane : Tower Hamlets (où Aspire domine), Newham, Bradford, Oldham, Blackburn, Dewsbury, Batley, Waltham Forest, etc. Dans de nombreux districts, le vote s’est structuré explicitement sur des lignes ethniques et religieuses.Vers une fragmentation plus profonde ?Mark Steyn, dans son article The Future Shows Up, a résumé avec sa franchise habituelle ce que beaucoup pensent tout bas. Il cite son ancien collègue Colin Brazier, qui voit dans ces résultats un « point d'inflexion » après lequel la politique de l’Angleterre continentale ressemblera de plus en plus au vote confessionnel de l’Irlande du Nord. 

Mais Steyn va plus loin : selon lui, ce sera
bien pire que les marécages de Fermanagh et Tyrone. Il invite à penser plutôt au Liban ou à l’Afrique du Sud, où la politique est devenue profondément tribale, avec des blocs ethniques ou confessionnels qui se font face dans un équilibre fragile et souvent conflictuel.
 Steyn note que le vote musulman n’a plus besoin du Labour (travaillistes) : après des années où l’on justifiait sous cape certaines compromissions (y compris face à celles des jeunes filles blanches violées en série) par la nécessité de conserver ce vote, les indépendants musulmans s’émancipent et conquièrent directement le pouvoir local. Dans les districts plus petits, ils n’ont même plus besoin d’alliances avec les « woke liberals » pour gagner.Vers des ghettos politiques ethniquement homogènes ?C’est la question la plus inconfortable. Lorsque des quartiers ou des villes entières votent massivement selon des critères ethniques ou religieux, on assiste à la formation de blocs politiques ethniquement et confessionnellement homogènes. Ce phénomène constitue un échec patent du modèle multiculturaliste britannique promu depuis les années 1960-1970. Au lieu d’une intégration dans une culture commune, on voit se consolider des communautés parallèles qui exercent un poids politique croissant. Le clientélisme communautaire risque de s’intensifier, au détriment de l’intérêt général.

Reform UK attire, de son côté, une partie des minorités bien intégrées (notamment indiennes, sikhes chinoises ou hindoues) qui rejettent le séparatisme. Le parti martèle un message clair : assimilation ou retour au pays. Ce positionnement « civico-nationaliste » lui permet d’élargir son électorat sans renier son cœur de cible.
Peut-on s’en sortir par les élections ?Steyn pose la question essentielle : est-il encore possible de voter pour sortir de cette situation ? 

De plus en plus improbable, selon lui, même si l’on peut toujours voter pour s'y enfoncer plus profondément. 

Il prend l’exemple des Américains : beaucoup refusent de voir l’Iran — dirigé par des chiites duodécimains millénaristes — disposer de l’arme nucléaire, et considèrent ce régime comme une menace existentielle. 

Pourtant, ces mêmes Américains ont élu à New York, en 2025,
Zohran Mamdani, un maire chiite duodécimain, pour diriger la ville emblématique des États-Unis et présider aux commémorations du 25e anniversaire du 11 septembre.


Cette contradiction illustre la difficulté : les électeurs occidentaux acceptent souvent chez eux ce qu’ils jugent inacceptable ailleurs. 

Les tendances démographiques (natalité différentielle et immigration continue) amplifient ces dynamiques année après année.
Le Parti travailliste de Keir Starmer a subi une déroute sévère, tout comme les conservateurs. Le paysage est désormais multipolaire et fragmenté. Ce qui se joue dépasse les élections locales. Il s’agit de savoir si la Grande-Bretagne parviendra à maintenir une cohésion nationale ou si elle va se balkaniser progressivement en enclaves ethniques et religieuses, chacune avec ses propres règles de facto. Les élections de 2026 ne sont qu’un avant-goût.

Le futur, comme le dit Steyn, est déjà là. Reste à voir si les Britanniques — et plus largement les sociétés occidentales — auront le courage d’en tirer les conséquences avant que la fragmentation ne devienne irréversible.

vendredi 8 mai 2026

« J’ai été éle­vée dans le culte de rien. J’ai dû me décons­truire de la décons­truc­tion de mes parents. »

À l’occa­sion de la dis­pa­ri­tion de Natha­lie Baye, le Monde rap­por­tait cette confes­sion de la comé­dienne: « J’ai été éle­vée dans le culte de rien. J’ai dû me décons­truire de la décons­truc­tion de mes parents. » On ignore ce qui, chez ces parents qu’elle décri­vait comme des gens « en per­pé­tuelle crise d’ado­les­cence », rele­vait de la simple inca­pa­cité à édu­quer, de l’aller­gie à l’idée même de trans­mis­sion, ou de la volonté de pré­ser­ver leur fille de toute forme de norme sociale ou de croyance col­lec­tive. Quoi qu’il en soit, la phrase de Natha­lie Baye résonne comme un diag­nos­tic d’une sin­gu­lière per­ti­nence alors que, depuis des décen­nies, les socié­tés occi­den­tales sont sou­mises à cet impé­ra­tif mor­ti­fère de la “décons­truc­tion”.

Le mot fait son appa­ri­tion dans les années 1950, dans les tra­duc­tions françaises du phi­lo­sophe alle­mand Mar­tin Hei­deg­ger, qui y voyait une méthode de “démon­tage” des concepts phi­lo­so­phiques pour les reprendre à neuf. Le terme a été ensuite “popu­la­risé”, si l’on peut uti­li­ser ce terme à pro­pos d’un pen­seur aussi abs­cons, par le Français Jacques Der­rida, qui y voyait une méthode pour révé­ler le sens pro­fond d’un texte au-delà des mots uti­li­sés. Il a été ensuite gal­vaudé, deve­nant l’une des tartes à la crème de la mou­vance wokiste, jusqu’à San­drine Rous­seau se van­tant d’être la com­pagne d’un « homme décons­truit ». Arra­chée à la phi­lo­so­phie et à la séman­tique pour s’appli­quer aux champs de la socio­lo­gie, de l’éco­no­mie, de la poli­tique, de l’his­toire, la décons­truc­tion a pour voca­tion d’y déni­cher un ensemble de méca­nismes et de struc­tures qui se cachent der­rière l’appa­rence des mots et l’habi­tus des moeurs et des cou­tumes, les­quels ne seraient qu’autant de cache-sexes de pro­ces­sus d’oppres­sion, de domi­na­tion, d’exploi­ta­tion — des mino­ri­tés par la majo­rité, des femmes par les hommes, des “raci­sés” par les Blancs, des pro­lé­taires par les pos­sé­dants, des peuples colo­ni­sés par les Occi­den­taux, etc.

Dans sinon le meilleur du moins “le moins pire” des cas — celui de Natha­lie Baye —, cette décons­truc­tion a mis en place ce “culte de rien” dont elle par­lait — c’est-à-dire un grand “no man’s land”, ou plu­tôt “no woman’s land” pour res­ter dans le champ lexi­cal wokiste, de croyances, un grand désert de valeurs, de prin­cipes et d’idéaux. D’où que tant de nos contem­po­rains semblent errer dans l’exis­tence à la manière de feuilles mortes, inca­pables de trou­ver un sens à leur exis­tence et sou­mis à tous les vents de la mode, du consu­mé­risme et du prêt-à-pen­ser. D’où, puisque l’homme a onto­lo­gi­que­ment besoin de croire en quelque chose, qu’il se trouve des idéaux de sub­sti­tu­tion dans tous les dik­tats de l’époque : tri sélec­tif, anti­spé­cisme mili­tant ou hygié­nisme obses­sion­nel, qui sont les reli­gions de sub­sti­tu­tion que se sont trou­vées nos temps misé­rables.


Car, bien sou­vent aussi, la décons­truc­tion ne débouche pas sur le néant, mais sur une construc­tion inver­sée: l’“homme décons­truit” n’est jamais qu’un homme qui a été recons­truit selon des pré­sup­po­sés inverses. L’objec­tif de la décons­truc­tion n’est pas de faire de chaque être une page vierge où il puisse exer­cer sa liberté en écri­vant ce que bon lui semble, mais d’y impri­mer en carac­tères gras le petit livre rouge de l’époque, inclu­sif, citoyen, éco­res­pon­sable, fémi­niste et dégenré, anti­ra­ciste, déco­lo­nial et iden­ti­taire.

Au pas­sage, l’homme décons­truit et recons­truit selon le Mec­cano pro­gres­siste n’aura pas seule­ment rem­placé des sté­réo­types par d’autres : il aura bazardé une anthro­po­lo­gie fon­dée sur la nature humaine et jeté aux orties des normes, des us et des cou­tumes for­gés par une tra­di­tion mil­lé­naire, fruits de l’expé­rience, des erreurs, des tâton­ne­ments et des réus­sites de cen­taines de géné­ra­tions, pour les rem­pla­cer par des idéaux en matière plas­tique, aussi pas­sa­gers que déri­soires, qui per­mettent seule­ment de construire une idéo­lo­gie, mais en aucun cas une per­son­na­lité — et encore moins une société tour­née vers le bien com­mun. Culte de rien et recons­truc­tion pro­gres­siste convergent vers une même catas­trophe : la déci­vi­li­sa­tion. Natha­lie Baye ne savait pas à quel point elle avait rai­son : il est urgent de décons­truire la décons­truc­tion, pour pas­ser de la déci­vi­li­sa­tion à la reci­vi­li­sa­tion.

Texte de Laurent Dandrieu dans Valeurs actuelles

jeudi 7 mai 2026

Le 8 mai 1794 — Lavoisier guillotiné : « la République n’a pas besoin de savants ni de chimistes »

Lavoisier expliquant ses expériences
sur l’air à sa femme
Antoine Laurent de Lavoisier, né le 26 août 1743 à Paris et guillotiné le 8 mai 1794 à Paris, est un chimiste, philosophe et économiste français.

Il est généralement considéré comme le créateur de la chimie moderne. Il énonce la première version de la loi de conservation de la matière. Il identifie et nomme l’oxygène en 1778. Il participe à la réforme de la nomenclature chimique, découvre le rôle de l’oxygène dans le phénomène de la combustion ; démontre le rôle de l’oxygène dans la respiration animale et végétale, mais aussi dans la formation de la rouille.

Le 16 décembre 1771, il épouse, à l’église Saint-Roch à Paris6, Marie-Anne Pierrette Paulze, la fille d’un fermier général, alors âgée de treize ans. Au fil du temps, celle-ci se révèle une aide et une collaboratrice scientifique précieuses pour son époux. Elle traduit pour lui des ouvrages anglais, parmi lesquels l’Essai sur le Phlogistique de Richard Kirwan et les recherches de Joseph Priestley. Elle réalise de nombreux croquis et gravures des instruments de laboratoire utilisés par Lavoisier et ses collègues. Elle écrit et publie également les mémoires de Lavoisier, et accueille des soirées où d’éminents scientifiques débattent des questions liées à la chimie.

Lavoisier est stigmatisé comme traître par les révolutionnaires en 1794 et guillotiné lors de la Terreur à Paris le 8 mai 1794, à l’âge de cinquante ans. Ayant demandé un sursis pour pouvoir achever une expérience, il s’entend répondre par Jean-Baptiste Coffinhal, le président du tribunal révolutionnaire : « La République n’a pas besoin de savants ni de chimistes ; le cours de la justice ne peut être suspendu. ». Il est inhumé au cimetière des Errancis.

Le lendemain de l’exécution de Lavoisier, le grand savant Louis Lagrange regretta le geste du tribunal révolutionnaire en prononçant ces paroles : « Il ne leur a fallu qu’un moment pour faire tomber cette tête et cent années, peut-être, ne suffiront pas pour en reproduire une semblable ».

mercredi 6 mai 2026

Comment YouTube a envahi les écoles américaines

Les parents constatent que leurs enfants sont accros à ce site de diffusion de vidéos sur les appareils fournis par l’école ; dans un cas précis, leur enfant a visionné 13 000 vidéos YouTube en trois mois

L'« alarme maternelle » d'Amy Warren a retenti lorsque son fils, élève de septième année (12-13 ans) à Wichita, dans le Kansas, semblait en savoir beaucoup trop sur Fortnite, un jeu vidéo de combat et de tir auquel il n'a pas le droit de jouer.

Lorsque Mme Warren s’est connectée au compte Google de son fils, elle a été consternée : son fils Ben avait visionné plus de 13 000 vidéos YouTube pendant les heures de cours entre décembre 2024 et février 2025, selon les données de visionnage qu’elle a fournies au Wall Street Journal.

Son fil d’actualité regorgeait de contenus inappropriés. Des vidéos glorifiant la culture des armes à feu, posant des questions sur les silencieux pour les pistolets Nerf, des « tirs à la tête » où des enfants simulent de manière réaliste leur propre mort, une vidéo contenant des blagues sexuellement explicites sur des voisins couchant ensemble. YouTube lui avait proposé des « mini-vidéos » — une vidéo après l’autre, sélectionnées par un algorithme qui avait déterminé que son fils serait susceptible d'aimer.

« Ça m’a fait pleurer », a déclaré Mme Warren. « Tout à coup, c’est ce genre de contenu violent sur les armes à feu, sans que ce soit de sa faute. » Elle s’est ensuite présentée aux élections du conseil d’établissement et a remporté le scrutin en novembre, désireuse de susciter le changement.

Les écoles publiques américaines sont submergées par YouTube. Selon plus de 45 familles, administrateurs scolaires, cliniciens et éducateurs à travers le pays interrogés par le Wall Street Journal, la dépendance excessive des écoles à l’égard de la plateforme appartenant à Google pour le contenu éducatif a créé une porte d’entrée permettant aux élèves d’être aspirés dans un défilement infini de vidéos sur les appareils fournis par l’école.

mardi 5 mai 2026

Enquête parlementaire à la suite de fuites sur des tensions ethniques, des difficultés d'intégration et une chute du taux de réussite dans les Forces armées canadiennes

Un article d’opinion et une enquête publiée fin avril 2026 s’appuient sur un document interne confidentiel de l’École de leadership et de recrues des Forces armées canadiennes à Saint-Jean-sur-Richelieu. Ce rapport, rédigé par le lieutenant-colonel Marc Kieley, analyse les effets des réformes de recrutement mises en place pour faire face à une crise persistante des effectifs.

Ces réformes ont notamment ouvert plus largement le recrutement aux «résidents permanents» — en pratique, des immigrés récents qui ne sont pas encore citoyens canadiens, souvent arrivés depuis moins de trois ans — tout en assouplissant certaines exigences d’entrée. Cette politique a permis une hausse des effectifs en 2025, mais avec des effets secondaires importants sur la formation.


Le rapport met en lumière un cas particulièrement problématique : un peloton d’officiers au Québec composé à environ 83 % de ces nouveaux arrivants récents. Les difficultés observées y sont multiples : 
  • maîtrise insuffisante du français, difficulté à  « considérer les femmes comme leurs égales »,
  • incompréhensions culturelles dans les rapports hiérarchiques et entre sexes, 
  • tensions internes entre recrues de différentes origines (conflits ethniques), 
  • ainsi que des accusations croisées de discrimination et de traitement inégal. 
Le terme « diverses accusations » recouvre ici des griefs réciproques entre groupes de recrues et encadrement, plutôt qu’une réalité univoque.

Sur le plan global, le taux de réussite des formations de base est en baisse, passant d’environ 85 % historiquement à 77 % sur les trois premiers trimestres de 2025-2026. Le phénomène est plus marqué dans les unités francophones, où la proportion de recrues récentes issues de l’immigration est plus élevée.

Le rapport indiquait qu’un des premiers pelotons d’officiers francophones était composé à 83 % d'immigrés récents. Le porte-parole du ministère de la Défense nationale, le commodore Pascal Belhumeur, a précisé que ce chiffre faisait en réalité référence à la proportion de recrues nées à l’étranger, et que les « résidents permanents» représentaient 47 %.

Le rapport indiquait également que le taux d'inscription des non-citoyens dans les cours d'officiers francophones était en moyenne de 57 % ; parmi les sections d'officiers anglophones, les résidents permanents représentaient généralement environ 30 % des effectifs et constituaient en moyenne environ 25 % des inscrits aux cours.

Selon le rapport, certains de ces candidats n’étaient au Canada que depuis trois mois.
Cette situation a été corrigée en février, a déclaré M. Belhumeur, avec l’imposition d’une condition de résidence de trois ans pour tous les candidats.

Ces problèmes semblent plus marqués du côté francophone de l’armée : près de la moitié des candidats officiers résidents permanents francophones ont plus de 35 ans
(contre 33 % du côté anglophone), note le rapport. De plus, un premier peloton francophone à forte composante d’origine étrangère a été « en proie à des allégations de racisme de la part des candidats à l’encontre du personnel, mais aussi de candidats à l’encontre d’autres candidats, ainsi qu’à des querelles internes constantes entre les groupes culturels au sein du peloton (par exemple, les candidats camerounais contre ceux de Côte d’Ivoire) ». Du côté anglophone, les pelotons comptant une forte proportion de résidents permanents « souffraient d’un faible niveau de condition physique ».

Il convient de noter que ces dernières années, le Canada a accueilli des résidents permanents francophones ayant obtenu des scores extrêmement bas, et que les initiatives d’immigration francophone ont profité de manière disproportionnée aux Camerounais.

Belhumeur a déclaré que l’armée travaillait actuellement sur un « outil d’intégration » destiné à expliquer l’éthique et la culture de l’institution aux candidats.

Le rapport indique que les instructeurs francophones ont du mal à accepter ces changements : « Dans les pelotons francophones (d’officiers), où les résidents permanents représentaient 50 à 80 % de l’ensemble des candidats, les réactions ont été plus vives, le personnel francophone s’interrogeant ouvertement sur l’opportunité conférer des grades d’officier à des non-Canadiens. »

Le rapport propose de « limiter la proportion de résidents permanents à 20 ou 25% par cohorte » afin d'assurer une meilleure cohésion dans les rangs.

Ces révélations ont suscité une réaction politique immédiate. Le député conservateur James Bezan, porte-parole en matière de défense, a annoncé que son parti allait forcer la tenue d’une enquête parlementaire au Comité permanent de la défense nationale. Il accuse le gouvernement d’avoir mis en place des réformes sans mesurer pleinement leur impact sur la qualité de la formation et la cohésion des unités.

Selon lui, le gouvernement a mis en avant les chiffres globaux de recrutement sans mentionner la baisse du taux de réussite en formation et les difficultés internes documentées par le rapport. Les conservateurs demandent donc un examen approfondi des politiques de recrutement, de leurs effets sur les standards militaires et de la capacité d’intégration des nouvelles recrues.